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Un livre-clef : Ce qu'on ne savait pas sur Tahar Ben Ammar, le signataire de l'indépendance de la Tunisie

(Leaders 16.03.2015)
C'est un livre clef qui nous livre des révélations inédites sur l'ancien président du Conseil, Tahar Ben Ammar, l'homme qui a conclu les négociations avec la France et signé, le 20 mars 1956, le protocole d'accord de l'indépendance. Ce gros pavé de plus de 740 pages, abondamment illustré de photos et de documents, on le doit à son fils, Chedly qui tient à accomplir " un devoir de mémoire " et " rétablir nombre de vérités ". Il aura à le présenter lui-même ce jeudi 19 mars 2015, à Beit Al Hikma (Carthage), en contribution à la commémoration du 59ème anniversaire de l'indépendance.

L'ouvrage revient longuement sur la cabale montée en mars 1958 contre Tahar Ben Ammar, au lendemain de l'Indépendance, l''envoyant ainsi que son épouse en prison. Pour l'humilier publiquement, le commissaire de police qui devait l'y conduire, voulait lui menotter la main gauche. C'est celle droite que lui tendra Ben Ammar en lui disant : " Menottez cette main qui a signé l'indépendance du pays ". L'auteur restitue avec force détails tous les éléments de l'affaire, le procès auquel devaient plaider Pierre Mendès-France, Edgar Faure et Pierre July avant d'en être empêchés et l'épreuve de la prison. Il évoque les retrouvailles avec Bourguiba qui regrettera cet épisode et le déécorera le 25 juillet 1969 du Grand Cordon de l'Ordre de l'Indépendance.

Cette grande séquence a lourdement affecté Tahar Ben Ammar (1989 – 1985) jusqu'à ses derniers jours. Mais, elle ne saurait occulter son long parcours de patriote indépendant. Plus de 500 pages y sont consacrées, introduisant le lecteur dans d'illustres pages de l'histoire du mouvement national. S'il n'est pas facile à Chedly Ben Ammar d'exercer sa " liberté de témoigner " en évitant tout parti pris, il a réussi à mettre entre les mains des lecteurs et des historiens un éclairage de première main et des documents instructifs.


Tunisie – Indépendance : Le retour de Tahar Ben Ammar
Par : Ali Abdessalem 18 mars 2015, (Webmanagercenter.com 18.03.2015)
La célébration du 59ème anniversaire de l'indépendance est rehaussée par un événement phare. Un livre dédié à Tahar Ben Ammar vient d'être édité. L'auteur de cet ouvrage n'est autre que le fils de cette figure illustre de l'histoire de Tunisie.
Rappelons que Tahar Ben Ammar a présidé le gouvernement de la Tunisie beylicale d'aoûût 1954 à avril 1956. Il a été appelé à cette fonction à la demande de Lamine Bey en concertation et avec l'assentiment de toutes les forces politiques et nationales qui œuvraient au mouvement national, essentiellement le Néo Destour et l'UGTT.
Son mandat, qui avait fait l'unanimité de la classe politique, toutes tendances confondues, était ressenti par tous comme le couronnement du parcours patriotique de ce combattant déterminé et inflexible.
A la tête de ce gouvernement formé des principaux dirigeants du néo Destour, Tahar Ben Ammar avait pour mission de conduire de bout en bout les négociations qui ont mené à l'autonomie interne en 1955, et à l'indépendance le 20 mars 1956.
C'est encore lui qui a obtenu du Bey l'accord pour convoquer la 1ère Constituante. C'est surtout lui qui, volontairement, a cédé son siège à un successeur qu'il a lui-même désigné et cautionné auprès du Bey le 17 avril 1956.
Pourquoi un livre 59 ans plus tard peut-on se demander? Nous nous emploierons à cerner les principaux ressorts du défi qui a guidé l'auteur dans sa courageuse et méritoire entreprise.

Une machination délibérée malveillante et maladroite

“L'histoire est tragique“. Ce constat dramatique nous le devons à Raymond Aaron. Nous l'avons éprouvé dans le cas de Tahar Ben Ammar dont l'œuvre patriotique, la mission politique et l'action à la tête du gouvernement de l'indépendance ont été évacuées de l'histoire de Tunisie. Peu importe qui a conduit cette machination abominable, l'essentiel est que l'histoire officielle de Tunisie n'a pas fait grande place à l'homme, à hauteur de ce qui doit lui revenir. Une véritable décimation de la documentation qui se rapporte à cette figure, dont la trajectoire patriotique a occupé l'essentiel de sa vie, à ses faits et réalisations importantes a été orchestrée avec le résultat que l'on connaît. Et puis cet effroyable épilogue d'un procès politique monté de toutes pièces tout aussi inique que préfabriqué a entaché, de manière abjecte, la mémoire nationale.
De rares bonnes volontés ont consacré quelques travaux sommaires à la vie de Tahar Ben Ammar. Un travail de mémoire a manqué. On courait le risque de voir se dilapider une partie précieuse de notre histoire. C'est en toute logique ce qui a motivé son fils à s'atteler au travail et rédiger l'ouvrage en question.
Dans ce livre de 750 pages, illustré de documents d'une valeur inestimable et de photos inédites, l'auteur restitue des éléments de première importance aux historiens. Le livre est narratif, chronologique, étayé, merveilleusement documenté au ton digne, avec ce qu'il faut de hauteur et de distance. On décèle une démarche respectable du chercheur méticuleux, méthodique, ainsi qu'une veine authentique d'écrivain.
Nous pensons que ce livre est un acte de foi, l'aboutissement d'un bon travail d'investigation et un monument d'histoire qui constitue le matériau de base qui a fait défaut, jusque-là. C'est proprement salutaire pour la conscience nationale.
Le pari de crédibilité
L'auteur sait mieux que quiconque que son travail sera examiné sous l'œil impitoyable de l'évaluation critique. Ce jeudi 19 mars, il organise une conférence à ‘‘Beit Al Hikma'' pour présenter son livre au public. Le public pourra juger de quelle manière l'auteur est parvenu à dominer sa subjectivité pour parler de son propre père avec l'œil du narrateur détaché, du chercheur rigoureux, du juste commentateur et du critique rationnel. A l'évidence, l'auteur abordera la relation de Tahar Ben Ammar avec Habib Bourguiba. Le public se fera une opinion de la manière dont l'auteur a su faire la part des choses sans prendre à l'un pour donner à l'autre et s'il sait bien rétribuer chacun à son juste apport.
Les deux hommes, chacun à sa manière, ont pris rendez-vous avec l'Histoire et chacun s'y est présenté à sa façon. Leurs parcours se sont mêlés et entrechoqués, on verra comment l'auteur s'acquittera du devoir de marquer la part d'individualité de chacun. Passe encore que l'histoire soit tragique, mais le hasard peut faire que la politique, à son tour, soit ingrate et oublieuse. Et elle l'a été cruellement avec TBA. Peut-elle manquer de discernement au point de se retourner contre celui qui a toujours cherché à fédérer et non régenter, à partager sans accaparer et à passer la main une fois sa mission terminée. Ce soubresaut d'inconséquence a éloigné définitivement l'homme de la vie publique. Au point de le dégoûter d'écrire ses propres mémoires alors qu'il en avait le temps et le talent? Il aurait donc seriné l'essentiel de ses moments d'histoire à son fils Chedly, dont on devine qu'il a été son compagnon de route au crépuscule de son épopée politique. L'auteur, en rédigeant ce livre veut-il se donner pour mission de loger son père au Panthéon national ? Ce serait dans l'ordre des choses, cependant il faudrait que cela soit l'expression d'une volonté populaire et non la seule initiative d'un fils reconnaissant.
Ce livre suscitera-il une dynamique populaire de réhabilitation à hauteur de la gloire du personnage public qu'était Tahar Ben Ammar? Dans cette perspective, Chedly Ben Ammar, en fils vertueux, transformerait un essai de librairie en best seller convertissant une tragédie politique en juste réhabilitation posthume. Il faut reconnaître que cela réconciliant le grand peuple tunisien avec son passé. Ce serait, au plan littéraire, une modification génétique de grand style. Un drame shakespearien dont on aurait transformé la chute en Happy End. De la pure féérie. Rien d'étonnant à cela Chedly est sadikien.

signature de Tahar Ben Ammar
(Leaders 20.03.2015)
C'est un bien triste 20 mars 2015 que les Tunisiens ont vécu ce vendredi. Certes, il y a eu la cérémonie officielle au palais de Carthage, une marche contre le terrorisme une exposition de photos, quelques tentes plantées sur l'avenue Bourguiba, mais de toute évidence, le coeur n'y était pas. Les Tunisiens n'ont pas encore digéré cette attaque terroriste du mercredi 18 mars, car ils avaient toujours cru que les terroristes n'oseraient jamais franchir les lignes rouges qui consistaient à ne pas s'en prendre aux civils, ni aux édifices publics. Heureusement, ce jour qui coïncide avec le cinquante neuvième anniversaire de la proclamation de l'Indépendance a été l'occasion pour le président de la République d'appeler à la réconciliation nationale et à mettre fin à l'injustice dont les hommes d'affaires interdits de voyage sont l'objet. Il est temps de tourner la page, a-t-il affirmé. La réconciliation économique étant un élément essentiel de la réconciliation nationale.
lI est vrai que dans l'historiogaphie officielle, la proclamation de l'indépendance n'a jamais eu le même retentissement que le retour d'exil de Bourguiba le premier juin 1955, ni même la signature de l'autonomie interne deux jours après. Très jeune à l'époque, je n'ai pas souvenance d'une grande ferveur populaire, au lendemain du retour de la délégation tunisienne, conduite par le Président du conseil de l'époque, Tahar Ben Ammar de Paris après la signature du protocole de l'indépendance, alors que l'accueil réservé à Bourguiba est resté gravé dans la mémoire collective des Tunisiens. Peut-être a-t-on cherché à minorer un évènement auquel "le combattant suprême" n'avait pas pris part directement. De fait, dans le calendrier des fêtes officielles, il n'a jamais accédé au rang de fête nationale au profit du retour d'exil de Bourguiba, le 1er juin 1955, pendant les trois premières décennies, puis du coup d'Etat de Ben Ali, le 7 novembre 1987.

Chedly ben Ammar dédicaçant son livre "Taher Ben Ammar, le combat d'un homme et le destin d'une nation" à la foire du livre


Le livre "Tahar Ben Ammar, le combat d'un homme, le destin d'une nation" est actuellement disponible:
- chez l'éditeur-libraire l'Harmattan : 16 rue des écoles, paris 5ème;
- à la librairie de l'iReMMo, rue basse des Carmes, paris 5ème;
- à la librairie Al-Bustane, en face de la mosquée de paris, paris 5ème
- et, à la librairie de l'Institut du Monde Arabe.

Très prochainement, le livre sera également disponible à Lyon, Marseille, Dusseldorf et Vienne.

Tous mes remerciements à la grande famille de la poste d'avoir, à l'occasion du 61 éme anniversaire de l'Indépendance , rendu un vibrant hommage à Tahar Ben Ammar par l'émission d'un timbre poste à son effigie . Allocutions remarquables du ministre des télécommunications et du directeur général de la poste .

La Poste tunisienne rend hommage à Tahar Ben Ammar

Par : Ali Abdessalem
25 mars 2017

La Poste tunisienne édite un timbre dédié à Tahar Ben Ammar à l’occasion du 61ème anniversaire de l’indépendance. La philatélie vient au rendez-vous de l’Histoire. Ce faisant, la Poste tunisienne accomplit un acte noble de devoir de mémoire.

On a cherché à exfiltrer Tahar Ben Ammar (TBA) de l’histoire du mouvement national ainsi que de la mémoire populaire, en vain. Cela n’a duré qu’un temps. Il y a une justice sur terre. Quoique avec différé, ce grand homme a fini par se réapproprier sa part de gloire et à récupérer la place qui lui revient.

On a pu le constater, une fois de plus, lors de l’inauguration du Salon de la philatélie dédié à l’histoire du Mouvement national, ce samedi 18 courant, à l’avenue Bourguiba, où l’on découvrait un timbre qui lui est dédié.

Cette exposition, véritable coin de musée, a été inaugurée par Anouar Maarouf, ministre des Technologies de la communication et l’Economie numérique, qui était entouré, pour la circonstance, de Moez Chakchouk, PDG de la Poste tunisienne, ainsi que de Chedly Ben Ammar, fils de Tahar Ben Ammar.

La deuxième République a été équitable envers Tahar Ben Ammar et son nom est associé à la célébration de la fête de l’indépendance, lui qui a signé l’accord sur l’autonomie interne, le 3 juin 1955, et le Protocole d’indépendance, le 20 mars 1956. En effet, l’an dernier, le président de la République, Béji Caïd Essebsi, le citait dans son discours en saluant sa mémoire, lui restituant l’aura de sa carrière politique glorieuse. Et pour le 61ème anniversaire, sur les murs du palais présidentiel, a été reproduit le texte du protocole d’indépendance faisant référence explicite à son signataire.

Le panthéon national, en accueillant TBA, retrouve, enfin, une figure de légende de la lutte pour l’indépendance. Quelle belle consécration pour la Poste tunisienne d’avoir contribué à un apaisement de notre mémoire nationale.

En paix avec notre histoire

L’exposition de philatélie donnait un coup de fraîcheur à l’épopée de la lutte pour l’indépendance. La galerie de portraits et d’événements reproduits sur les timbres est un merveilleux bouquet de souvenirs. Moncef Bey et Lamine Pacha Bey, portaient avec majesté notre trait de fierté nationale. Habib Abdeljelil Zaouch, Abdeaziz Thaalbi, puis Habib Bourguiba, ainsi que Jellouli Farès, de même que Ahmed Tlili. Désormais Tahar Ben Ammar se joint à eux ornant de sa personnalité charismatique cette fresque de l’indépendance.

Quelques-uns manquent à l’appel, notamment Ali Belhouane ou Taieb M’Hir, mais à l’instar de Tahar Ben Ammar, ils signeront leur retour, un jour ou l’autre, avec les honneurs qui leur reviennent.

Nous devons à la vérité de rappeler que l’appareil de l’état a fini par se faire au bien-fondé du come back de Tahar Ben Ammar en écho au patient effort de son fils Chedly. Ce dernier lui a consacré un livre remarquable (*). Il l’a, d’abord, édité en langue arabe, avant, prouesse de sadikien génétiquement instruit au bilinguisme, de le traduire, par ses seuls soins en à peine une année et demi, en langue française.

Ce livre n’a pas été un exercice d’apologie au père. On y voyait TBA, aux côtés d’autres figures nationales, sans la moindre tentation de faire de l’ombre aux compagnons de lutte. C’était une figure de proue, le plus souvent à la manœuvre, grand timonier des négociations de Matignon, qui ont fait de lui l’autre père de l’indépendance, selon les propos de Béchir Ben Yahmed, directeur de l’hebdomadaire Jeune Afrique. Ce fut un récit objectif et sincère. Une œuvre de reconstitution de l’histoire selon son déroulement authentique, réel, fidèle à sa chronologie. L’objectivité du travail a été saluée de tous, autant les milieux académiques, que les fidèles de Bourguiba encore parmi nous et la scène politique dans son ensemble. Cela a créé un climat propice au retour de TBA.

TBA, chef politique, visionnaire et homme d’Etat

Ce samedi 18 mars, à l’occasion de l’exposition philatélique, Chedly Ben Ammar a donné une conférence où il revenait sur le parcours politique de son père, de même qu’il l’a fait dans son livre. Engagé au service de la lutte contre la colonisation, à sa prime jeunesse, Tahar Ben Ammar a pris rendez-vous avec l’Histoire pour donner de l’âme à la résistance au colonialisme.

Déjà en 1920, il présidait la deuxième commission qui s’est déplacée à Paris pour plaider en faveur d’un Parlement tunisien. La cause nationale prenait forme et le patriotisme s’est forgé les outils d’une stratégie de lutte qui a été victorieuse.

En véritable chef politique, il a fini la course en tête. Président du conseil en 1954 avec l’appui de Bourguiba et du néo-destour, et d’Ahmed Ben Salah ainsi que de l’UGTT, de même que de toutes les forces vives de la Tunisie combattante, en véritable homme d’Etat, il a été un négociateur résolu, courageux et déterminé face à la puissance coloniale.

Après l’accord sur l’autonomie interne, il a su gagner la confiance des fellagas pour déposer les armes et abolir le dernier obstacle sur la voie de l’indépendance totale. Lors du round final au mois de février 1956, il s’est opposé à la clause d’interdépendance. La Tunisie recouvrait ainsi sa souveraineté, assumant elle-même sa défense nationale et présidant à sa diplomatie, sans une interférence tierce. L’accord du protectorat de mai 1881 était déclaré caduc et la Tunisie, souveraine.

En rendant le tablier en avril 1956, après avoir mis en place l’Assemblée constituante, il a fait un boulevard à Habib Bourguiba, pour ce grand chantier de l’édification de l’Etat de l’indépendance.

Une injustice injustifiée

L’Histoire les faisait se succéder. Peut-être par narcissisme, Bourguiba ne l’entendait pas de cette oreille et a cherché à usurper le passé, écrit par d’autres, alors que l’avenir lui ouvrait les bras. Il montra un acharnement féroce à squatter tout l’espace, le vidant de ses acteurs. Et au prix d’un procès politique et d’une malheureuse falsification, il a fait du Bourguibisme un substitut à l’Histoire de la lutte nationale, effaçant TBA et d’autres.

En campant sa posture de censeur de l’Histoire, Bourguiba n’offrait pas à l’opinion son profil le plus attachant. TBA, aristocrate patriote, donnait le ton à l’objectif majeur du Bourguibisme, à savoir l’unité nationale. Que ne l’a-t-il utilisé pour conforter l’idéal de la réconciliation nationale.

En occultant l’apport de ses illustres aînés, Bourguiba s’est fait du tort à lui-même. Ses détracteurs s’en servent, contre lui, pour altérer son œuvre et son héritage immense.

Avec beaucoup de hauteur, Chedly Ben Ammar ne tombe pas dans ce travers et n’a jamais cherché à souiller la mémoire de Bourguiba, pour redorer celle de son père. Et c’est ce qui donne de l’aplomb à sa démarche, drapant l’œuvre de son père de son haut relief vertueux, patriotique et dévoué. La légende de Tahar Ben Ammar reste vivace et intacte.

*Tahar Ben Ammar, l’itinéraire d’un homme et le destin d’un peuple (Edition en langue arabe) Traduction française: “Une vie de lutte pour l’indépendance“.

Ministère des Technologise de la Communication et de l'Economie Numerique

Article paru dans le journal La Presse de Tunisie du mercredi 12 Avril 2017. Vient de paraitre - Tahar Ben Ammar Homme d'Etat de Chedly Ben Ammar Quand le devoir de mémoire s'oblige à la leçon de politique Un livre-mémoire imposant de 752 pages, 148 photos, un index des noms et de nombreux documents et témoignages, en vente dans les librairies des grandes villes Le 24 mars dernier, les passionnés d'histoire du Mouvement national étaient nombreux à s'être rendus à l'espace Sophonisbe de Carthage pour écouter Chedly Ben Ammar présenter son nouvel ouvrage, Tahar Ben Ammar Homme d'Etat. La force de la persévérance, un livre-mémoire imposant de 752 pages, 148 photos, un index des noms et de nombreux documents et témoignages, en vente dans les librairies des grandes villes. Modérée par André Abitbol et accompagnée d'un documentaire photographique égrenant les hauts faits du parcours politique de Tahar Ben Ammar, un parcours dense qui fut en profonde et perpétuelle communion de sentiments avec le peuple tunisien et la lutte du Mouvement national, la conférence de Chedly Ben Ammar a retenu toutes les attentions, tant était grande la conviction qui l'animait, tout autant que son énumération des faits était précise. Blessé depuis son adolescence par la grande injustice qui fut faite à ses parents, emprisonnés pendant six mois en 1958 au mépris des lois et de leur dignité, outré par le souvenir d'un procès inique mené par la Haute-Cour de Justice, un tribunal d'exception aux ordres du Président Habib Bourguiba, Chedly Ben Ammar travaille depuis plus de trente ans à restaurer la mémoire de son père, celui-là même qui, contrairement à ce que prétend la version officielle, conduisit en personne la délégation tunisienne, composée des regrettés Béhi Ladgham, Mongi Slim et Mohamed Masmoudi, chargée de négocier avec la délégation française, dirigée par le Président du Conseil Guy Mollet et assistée par Christian Pineau, ministre des Affaires étrangères, puis signa le 20 mars 1956 de sa main avec ce dernier le Protocole d'indépendance de la Tunisie. La plupart des documents relevant de l'activité politique de Tahar Ben Ammar ayant été escamotés et sans doute détruits au cours des perquisitions qui ont accompagné son arrestation, les recherches de Chedly Ben Ammar furent longues et laborieuses, dans les archives nationales, dans la presse de l'époque et dans la littérature sur le sujet, françaises et tunisiennes, auprès de témoins visuels ou mémoriels des faits, et dans ses propres souvenirs, inlassablement revisités et confrontés aux faits mis à jour. Car cet ouvrage n'est pas seulement un exemple émouvant de la piété filiale la plus sacrée envers un père aimé et respecté entre tous : c'est avant tout une recherche historique, menée avec toute l'exigence académique et la rigueur requises par cette discipline. Et si la fierté et l'admiration envers son modèle transparaissent régulièrement au fil des pages, le texte de Chedly Ben Ammar veille néanmoins à se soumettre, sans complaisance aucune, à la plus stricte objectivité, restituant à chacun des César évoqués sa part de mérite et son dû historique. Mais qui était donc Tahar Ben Ammar ? Un homme de la terre, pour commencer, de son premier à son dernier jour, à qui son grand-père confia très jeune la responsabilité de l'exploitation de vastes terrains agricoles et de cheptels considérables. Un homme de tradition, donc, mais résolument ouvert à la modernité qui toujours eut l'ambition d'égaler et meme de surpasser en termes de rendement et d'efficacité les colons installés dans son pays, en s'inspirant de leurs techniques et en s'appropriant leur technologie. Un homme épris de sa nation, "nationaliste patriote avant l'heure " comme aimait à le rappeler Mendès-France, et pétri de justice ensuite, que les us et coutumes de la colonisation (favoritisme envers les Français de Tunisie de la part des autorités coloniales, détournement des terrains agricoles les plus fertiles au profit des colons…) indignaient et qui, guidé par un sens du droit et de l'honneur infaillible, s'engagea très jeune dès 1912 dans la politique, au sein du Mouvement national. Un homme raisonnable et pragmatique enfin, qui eut à cœur d'éviter autant que faire se pouvait les confrontations et les luttes intestines au sein du Parti libéral constitutionnel dont il avait été l'un des fondateurs en 1920, qui opta pour une position au-dessus des partis en lice et qui, par souci d'efficacité, avait intégré, pour en faire les tribunes des revendications tunisiennes, les institutions existantes (la Chambre d'Agriculture et le Grand Conseil), de manière à pouvoir combattre l'administration coloniale avec ses propres règles. Tahar Ben Ammar conquit ainsi de haute lutte, malgré les dissensions internes et les rivalités géographiques déjà existantes, la présidence de la Chambre d'Agriculture, puis celle du Grand Conseil. En effet, la politique, pour Tahar Ben Ammar, ce n'était pas forcément l'appartenance à un parti, mais la possibilité d'exercer son ambition au seul service de la nation. Convaincu de la pertinence de cette approche, il créa, le 22 février 1944, le Front national, qui regroupait toutes les forces vives du pays : le Néo-Destour, l'UGTT, les organisations nationales, les Zeitouniens et le mouvement moncéfiste. Il devint dès lors l'homme incontournable, celui auquel, bien que réticent, Lamine Bey dut bien confier en août 1954 les rênes de son gouvernement. Et quand ce fut chose faite, Tahar Ben Ammar mena les négociations qui devaient accorder à la Tunisie l'autonomie interne le 3 juin 1955, usant quand il l'a fallu de la force, donnant des instructions secrètes pour poursuivre la lutte armée de sorte que les Français (gouvernement et Prépondérants) comprennent que cette fois-là, le peuple tunisien était résolu à poursuivre son combat jusqu'à la libération du pays. Il n'était donc pas question de renoncer aux armes avant d'avoir la certitude que le vis-à-vis était désormais convaincu de la nécessité de tenir sa promesse, celle que Mendès-France avait engagée au nom de la France dans son discours du 31 juillet 1954 à Carthage. C'est ainsi que les Français furent amenés à accepter ce qu'ils s'efforçaient à tout prix de retarder ou de déjouer, cette indépendance policée, pacifique et pacifiée qui fut tant remarquée dans le monde. Pendant plus de trente ans, Tahar Ben Ammar avait su se faire apprécier et respecter de la majorité des Tunisiens. Il avait déployé à l'étranger des trésors de diplomatie et noué de solides amitiés qui étaient autant d'alliances pour réaliser ce qu'il considérait comme l'œuvre de sa vie. L'indépendance acquise, l'Assemblée constituante installée le 8 avril 1956, il allait présenter sa démission dès le lendemain au souverain, estimant sa mission terminée et se soumettant de son plein gré à la logique démocratique qu'il encourageait ainsi à s'épanouir sur le terrain qu'il avait balisé. Sa lettre de démission, pronant avec foi la nécessaire alternance du pouvoir, représente à cet égard une vraie leçon politique pour la postérité. Mais la course au leadership était déjà entamée depuis des années entre Habib Bourguiba et Salah Ben Youssef, et celle au pouvoir n'allait pas tarder à l'être entre le même Bourguiba contre un Lamine Bey et la famille beylicale déstabilisés dans leur statut par les récents événements, ce qui aboutit à la proclamation de la République le 25 juillet 1957 – et ce, même si Tahar Ben Ammar mit un point d'honneur à tenter de tempérer les ardeurs belliqueuses des uns et des autres et à inviter à la compassion envers le souverain et sa famille. Et pourtant… En dépit de ce parcours où l'on ne pourrait trouver aucune faille, Tahar Ben Ammar fut victime de la jalousie de Bourguiba, qui voulait etre le seul leader historique, le seul artisan d'une Tunisie souveraine ; il fut trainé dans une parodie de procès auquel la Haute-Cour dut bien vite renoncer face à la colère du peuple et qui fut remplacé par une affaire de prétendue fraude fiscale, aussi peu soucieuse de la lettre de la loi : ni son immunité parlementaire, qui ne fut jamais levée, ni l'incompétence de cette juridiction d'exception pour juger en matière de délits de droit commun (du seul ressort, dans les affaires fiscales, d'une commission relevant du ministère des Finances), ni les règles de prescription triennale n'ont été respectées, dans la mauvaise foi la plus flagrante. Puis Tahar Ben Ammar s'en revint à la terre. Il n'entra jamais dans les manuels, survécut à peine dans la mémoire collective dont Bourguiba voulait l'effacer complètement, et n'eut jamais son nom ravivé dans la géographie publique ni dans les espaces institutionnels, alors que jamais il ne s'était départi d''une vraie noblesse dans ses actions publiques et que, aujourd'hui encore, il représente un modèle de droiture, d'intégrité et de gouvernance. Car cet homme avait une vision politique et économique, ainsi qu'une manière de faire, éthique et très proche de celle du joueur d'échecs, que la plume de Chedly Ben Ammar nous rappelle, avec force et brio. Depuis 1956, entre exactions et compromissions, entre clientélisme, dictature et corruption, les mœurs politiques n'ont cessé de se dégrader dans notre pays. Aussi, ce retour par l'histoire est-il essentiel pour nous redonner la force de croire, d'espérer et de nous reconstruire. Auteur : Mokhtar LABIDI (Professeur universitaire)

Entretien du Lundi avec Chedly Ben Ammar«L’indépendance obtenue au prix de longs sacrifices»«L’indépendance obtenue au prix de longs sacrifices»
Auteur du livre Tahar Ben Ammar : Homme d’Etat. La force de la persévérance. Chedly Ben Ammar revient sur le parcours et le combat de son père Tahar Ben Ammar, né le 25 novembre 1889 à Tunis et mort le 10 mai 1985. Tahar Ben Ammar a joué un rôle primordial dans le mouvement national tunisien dès 1920. En tant que chef du gouvernement tunisien, c’était lui qui a signé les accords d’autonomie interne en 1955 et le protocole d’indépendance en 1956… Cette biographie est aussi un nouvel éclairage sur l’histoire du mouvement national tunisien. A l’occasion du 32e anniversaire de la disparition de Tahar Ben Ammar, nous avons eu cet entretien…

Votre père, Tahar Ben Ammar, a été «occulté» de l’histoire officielle, et son parcours totalement escamoté. Il n’y a pourtant aucune volonté de revanche de votre part. D’où tenez-vous cette sérénité ?
Notre religion nous enseigne l’art de la patience et de la retenue. Je n’ai jamais été animé par un esprit de revanche, mais plutôt poussé à dire la vérité, telle qu’elle surgit des documents disponibles en nombre, des témoignages et également de mes souvenirs, une vérité si longtemps occultée, écrivant ce faisant un livre d’historien avec toute la rigueur requise envers les sources et l’objectivité du point de vue, mais également un livre-mémoire, parce qu’il s’agit d’événements que j’ai vécus pour la plupart et dont j’ai été le témoin privilégié. Et mon père a toujours insisté sur la responsabilité de transmission du témoin : «Celui qui écoute le témoin devient témoin à son tour».

Dans votre livre, vous consacrez une partie à la rédaction de la biographie de votre père, car elle a été «omise» par l’histoire officielle. L’hommage à Tahar Ben Ammar, de la plume de son fils, c’est pour réparer une lacune ou pour rendre justice ?
C’est pour les deux raisons à la fois : il a été effacé de l’histoire et de la mémoire collective parce que le Président Habib Bourguiba voulait être l’unique leader de l’unique parti au service de la pensée unique. On ne connaissait donc plus le nom de Tahar Ben Ammar, cette figure de proue de l’indépendance nationale, ni son œuvre, ni les sacrifices qu’il avait consentis pour faire triompher la cause nationale. Il fallait donc le sortir de l’oubli injuste dans lequel le Président Habib Bourguiba l’avait, deux ans après l’indépendance, sciemment enfoncé. Mon livre est un combat contre l’oubli.
Mais ce livre a également pour vocation de réparer une injustice et de restituer leur vraie réalité historique à des faits qui ont été défigurés, de telle sorte que toute une époque ressurgisse au fil des pages. Plus encore, il fallait lever le déshonneur qui avait été infligé à Tahar Ben Ammar par ce tribunal d’exception aux ordres du même Président Habib Bourguiba, et qui tentait ainsi de justifier la mise à l’écart injuste que mon père avait subie.

Ce livre peut-il être considéré comme une réécriture de l’histoire du mouvement national ?
Certainement : dans la mesure où toute cette période de l’histoire du mouvement national a été manipulée à des fins politiques pour glorifier le Président Habib Bourguiba, quitte à en rabaisser certains, voire à en faire disparaître d’autres dans les oubliettes de l’histoire. Il faut bien réécrire l’histoire du mouvement national par respect pour le peuple tunisien, qui doit connaître sa vraie histoire en faisant attribuer à chacun sa part de mérite. 
L’action d’hommes politiques de toute une génération a été déloyalement dissimulée pour faire prévaloir le leadership du Président Habib Bourguiba dont les mérites, j’en conviens, sont indéniables, mais qui ne saurait à lui seul incarner les aspirations de tout un peuple, résolu à briser ses chaînes et à retrouver les chemins de la liberté.

Considérez-vous que votre livre remplit les conditions d’objectivité et de rigueur requises pour un tel travail ? 
Je peux affirmer en toute sincérité que je n’ai pas été complaisant, que je ne me suis pas censuré et que je pense en toute bonne foi avoir dit ce que je pense être la vérité, documents à l’appui. Ma relation de proximité avec mon père et ses amis, aussi bien tunisiens que français, fut pour moi une source extraordinaire d’informations. Ce livre-mémoire est une synthèse élaborée sur la base de compilation de documents, de souvenirs et de collecte de témoignages auprès des principaux acteurs tunisiens et français de la vie politique. Afin de trouver la vérité historique, celle que je considère comme la pure vérité, j’avais pour impératif de consulter diverses sources et de confronter les témoignages, d’autant plus qu’il s’agit d’un thème de réflexion sensible.

Vous parlez de votre père, de son engagement dans la lutte nationale, tôt dans sa jeunesse. Comment représenter la pensée de Tahar Ben Ammar ?
Comme celle d’un homme pragmatique qui, loin d’avoir été un va-t-en-guerre, a su instrumentaliser les institutions existantes en légalisant les revendications des Tunisiens. La politique des étapes, c’était autant lui que le Président Habib Bourguiba.
Tahar Ben Ammar me disait : La recherche systématique de l’affrontement n’est pas un signe de force mais d’irresponsabilité. J’ai toujours été désireux de convaincre par des moyens qui ne s’écartent pas des principes issus de la morale. Ce que je souhaitais, c’étaient des adhésions sincères. Idéalisme ? Naïveté ? Je ne le crois pas, c’est plutôt un souci de droiture. Je me suis gardé de la démagogie. J’ai fait des promesses, mais j’étais sûr de pouvoir les tenir. Je m’étais prémuni contre un trop grand écart entre les promesses et les réalités, dans le domaine social en particulier. Tout l’art de la politique est de faire naître l’espoir, sans s’exposer à le décevoir. Il s’agit de gagner tout de suite, mais aussi plus tard, devant la postérité.
En tout état de cause, il faut préserver l’autorité de l’Etat et, en même temps, assurer et garantir la liberté et la dignité du citoyen. Ce sont là des conditions nécessaires et indispensables pour l’avènement d’une société de liberté et de justice. Pour cela, il faut respecter les institutions et veiller à la séparation des trois pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire, et s’attacher à l’application rigoureuse de la loi. 
Notre pays ne s’est pas encore affranchi de la tutelle ou plutôt du système de l’Etat providence, ni dans les faits, ni, ce qui est plus grave, dans les mentalités. Il faut cultiver le goût de l’effort chez le citoyen et lui apprendre à compter d’abord sur ses propres moyens sous l’égide de l’Etat de droit. L’avenir politique de la Tunisie est par ailleurs lié à la tolérance des Tunisiens les uns envers les autres, à la consécration du pluralisme des idées et des opinions et au respect des libertés individuelles. C’est le sens de notre combat d’aujourd’hui et de demain. 
Pour que la politique soit respectable, il faut qu’elle soit exercée par des hommes respectables. Telle était la devise de Tahar Ben Ammar. Il n’en a jamais dévié.
Par ailleurs et, sur un autre plan, il convient de rappeler que ce fut  lui qui eut l’idée de la création de l’usine de fabrication de papier à Kasserine. Il entendait, par cet exemple, lancer une politique d’industrialisation dans les régions intérieures pour y fixer la population et éviter les impasses économiques générées par un exode rural massif. Malheureusement, cette vision ne fut pas suivie, et l’on peut encore en déplorer les conséquences néfastes aujourd’hui.

L’une des idées-forces de votre livre est que la classe des possédants, contrairement à ce qui a pu être dit après l’indépendance, ne s’est pas laissé séduire par l’appel à collaboration de la puissance coloniale. Elle a fait corps avec le peuple, défendant sa cause et celle de la patrie, au détriment de ses intérêts. L’unité nationale était-elle due à la volonté spontanée du peuple, ou résultait-elle de l’encadrement du néo-Destour ?
Le sentiment national est né bien avant la création du néo-Destour, d’abord avec le mouvement des Jeunes Tunisiens, puis le Parti Libéral Constitutionnel (le Destour), fondé par Abdelaziz Thaâlbi, Ahmed Safi, Tahar Ben Ammar, Ali Kahia, Abderrahmane Lazzam, Mohamed Noomane… Le mouvement, comme je le précise dans mon livre, a pris naissance avec des bourgeois patriotes qui, de par leur insertion dans le tissu social, ont eu vite fait d’entraîner dans leur sillage un peuple qui ne fit aucune difficulté à se laisser convaincre. C’est ainsi que la prise de conscience patriote s’est généralisée, au mépris de toute classe sociale in fine. Certes, par la suite, le néo-Destour allait mener sur le terrain un combat très efficace, mais bien longtemps après ce premier élan patriotique fondateur.
L’indépendance, comme on le verra, n’est pas l’œuvre exclusive du néo-Destour. Voilà une imposture qu’il importe de dénoncer. L’indépendance n’a été arrachée qu’au prix de longs sacrifices consentis par la nation entière. Les Tunisiens, toutes catégories sociales confondues, se sont révoltés et ont lutté de toutes leurs forces avec, pour objectif suprême, la conquête de leur indépendance, de leur dignité et de leur liberté.

Le portrait de votre père comme patriote, visionnaire, chef politique et homme d’Etat, est difficilement contestable pour celui qui connaît l’histoire nationale. Mais qu’en est-il de son leadership national ?
Tahar Ben Ammar fut injustement éliminé par l’autorité coloniale du bureau de la Chambre d’Agriculture en 1920, malgré un succès électoral. La vindicte n’a jamais fait de lui une victime. Il savait l’importance stratégique des agriculteurs et pressentait ce qui pourrait devenir une organisation politique, voire le fer de lance de la vie politique dans son pays. Il a eu de l’intuition et le sens de l’anticipation. Il voulait, déjà, diriger et n’avait pas l’intention de laisser certains contester son autorité, dont il connaît la force et la puissance d’envoûtement. Il voulait participer à l’émancipation de la Tunisie. Son époque était magnifique, il ne voulait pas juste la contempler de sa fenêtre. Tahar Ben Ammar fit de la Chambre d’Agriculture un rempart inexpugnable pour la défense et la protection des droits et intérêts de l’agriculteur tunisien. S’il avait adhéré à la Chambre, une institution reconnue par la loi, c’était pour porter haut la voix de l’agriculteur tunisien et pour pouvoir négocier à ce titre avec les autorités coloniales en Tunisie et en métropole. Tahar Ben Ammar se souciait donc d’ancrer le sentiment national parmi les larges couches de la population et de mobiliser les agriculteurs et l’ensemble des travailleurs de la terre au service de la cause nationale. Pour Tahar Ben Ammar, la Chambre d’agriculture a toujours constitué une plateforme privilégiée en vue de préparer les hommes aux combats de demain. 
L’action de Tahar Ben Ammar a été perçue dans les milieux du néo-Destour comme une illustration de la volonté de combattre un système colonial discriminatoire à l’égard de l’agriculteur tunisien et favorable aux colons. Les jeunes du parti néo-Destour, parmi lesquels Habib Bourguiba, ont vivement salué l’action de Tahar Ben Ammar. Dans un article paru dans l’organe du parti El Amel Ettounsi, Habib Bourguiba exprime d’ailleurs son soutien à Tahar Ben Ammar.

Vous précisez que votre père, en 1944, a constitué le front national avec pour partenaires le néo-Destour et l’UGTT, notamment. A-t-il, à cette date, doublé Habib Bourguiba ? Et, d’une certaine façon, en fédérant les forces vives de la nation, n’a-t-il pas pris dès cette date une option pour, le moment venu, occuper la Kasbah et aller négocier à Matignon?
Déçu de son expérience tant avec le parti libéral destourien qu’avec le parti réformiste, Tahar Ben Ammar décide de se tenir au-dessus des partis, loin des idéologies et des systèmes. Il veut rester libre, ne devant rien à personne. Ce qui comptait par-dessus tout pour lui, c’était l’intérêt de la Tunisie. La politique, pour Tahar Ben Ammar, ce n’est pas forcément l’appartenance à un parti, mais la possibilité d’exercer son ambition au service de la nation. Tahar Ben Ammar était un pragmatique. Il sut mesurer les rapports de force et s’adapter aux évolutions, mais avec en plus le sens de la grandeur.
Convaincu de la pertinence de cette approche, Tahar Ben Ammar commença à œuvrer pour constituer un front national solide, regroupant les forces vives de la nation. Une importante réunion eut lieu en 1944, avec la participation des «néo»  et «vieux» Destour, de l’UGTT, des représentants des organisations nationales, des moncéfistes et des zeitouniens en vue de fonder ce Front National. Grâce aux efforts soutenus de Tahar Ben Ammar, le Front naquit. Tahar Ben Ammar avait en effet déployé une énergie considérable pour rapprocher les vues et rassembler les diverses tendances autour des mêmes objectifs. Le Front National tunisien fut pour Habib Bourguiba, comme le fait remarquer Mahmoud Bou Ali, un atout précieux lorsque, quatorze mois plus tard, il se présenta devant la Ligue arabe au Caire pour plaider la cause nationale.

Les accords sur l’autonomie interne ont été signés le 3 juin 1955. Mais Habib Bourguiba a organisé un retour triomphal au pays le 1er juin. A-t-il dès cette date ravi la vedette à votre père ? 
Il n’y a jamais eu de rivalité politique entre Tahar Ben Ammar et Habib Bourguiba : 20 ans d’âge les séparaient, à cette époque mon père avait 70 ans, et agissait en politique depuis 45 ans. Pour cette étape entre l’autonomie interne et l’indépendance, il avait enchaîné près de 100 séances de négociations marathoniennes, très serrées, il avait à gérer une situation socioéconomique désastreuse ( famine, chômage…), le conflit fratricide et sanglant Habib Bourguiba-Salah Ben Youssef, les actes criminels de la main rouge des prépondérants colonialistes, etc., il ne songeait qu’à l’achèvement de sa mission et estimait qu’il était temps de passer la main, qu’il aurait été indécent de vouloir s’incruster dans les arcanes du pouvoir plus longtemps. Par ailleurs, il partageait avec Habib Bourguiba une même vision de l’avenir pour la Tunisie et avait ouvertement déclaré, dans un discours élogieux, que son successeur désigné à la tête du gouvernement était bien Habib Bourguiba.

L’idée a circulé que ce fut le Président Habib Bourguiba qui avait mené secrètement les négociations sur l’autonomie interne et l’indépendance. Quelle est la part de vérité d’une telle assertion ?
En s’attribuant, au lendemain de son accession à la magistrature suprême, les mérites des autres, le Président Habib Bourguiba obéissait à une ambition suprême : être le leader sans partage d’un pays qu’il voulait entièrement à sa dévotion. Car enfin, qui pourrait croire que des dirigeants politiques français de la trempe de Pierre Mendès-France, Christian Fouchet, Edgar Faure, Pierre July, Guy Mollet et Christian Pineau auraient négocié durant près de deux ans et de manière très ardue avec une délégation tunisienne fantoche ? Comment des hommes politiques aussi respectés auraient-ils engagé la parole de la France avec un partenaire tunisien dépourvu du pouvoir de décider ?
Qui pourrait croire que des négociations officielles de la plus haute importance, qui avaient duré près de deux ans, entreprises par une délégation tunisienne présidée par le Premier Ministre et une représentation française composée d’illustres personnalités gouvernementales, n’auraient été qu’une façade et que les véritables négociations se seraient déroulées secrètement dans les coulisses entre Le Président Habib Bourguiba et les négociateurs français ? Faut-il rappeler d’autre part que ces négociations se déroulaient entre deux gouvernements qui, eux, n’auraient jamais accepté de se livrer à une telle mascarade ? Par ailleurs, Habib Bourguiba avait envoyé un télégramme à Tahar Ben Ammar où il reconnaissait explicitement que c’était bien mon père qui présidait ces négociations; en voici le texte : «Au moment où la délégation de négociations s’apprête, sous votre direction, à livrer la bataille de l’indépendance complète de la Tunisie, je vous félicite ainsi que tous vos collègues pour la nette déclaration qui fixe les bases des négociations. Je vous souhaite un prompt et éclatant succès dans l’accomplissement de votre lourde tâche et vous assure de mon entier dévouement».

Depuis le soixantième anniversaire de l’indépendance, on associe votre père à l’événement. Que doit faire l’Etat, selon vous, pour que votre père reprenne la place qui lui revient, dans l’histoire de notre pays ?
L’histoire ne vaut que si on l’enseigne : les manuels scolaires doivent être revus pour transmettre la véritable histoire, sans parti pris ni récupération idéologique. C’est à mon sens la chose la plus importante et la plus urgente à mettre en place. Pour le reste, il faut souhaiter que nos historiens s’emparent de cette histoire en toute liberté scientifique et reconstruisent l’interprétation et la vision des événements de cette époque et de celle qui a suivi.

Vient de  paraître , un livre événement : 

Tahar Ben Ammar, Homme d'Etat. La force de la persévérance

 Auteur : Chedly Ben Ammar

Parmi  les   grands   hommes   qu'a  connus   la  Tunisie,   Tahar   Ben Ammar,   grand   propriétaire terrien, brille d'un éclat particulier. Cet homme, qui durant plus de quarante ans a mis son intelligence,  son sens  de  l'honneur  et  sa clairvoyance  au  service de l'action  politique,  fut l'avant-dernier Premier ministre de Lamine Bey. A ce titre, il  mena d'abord les négociations visant à l'obtention de l'autonomie interne le 03 Juin 1955. Il résista avec courage à la vindicte de la Main Rouge, et sut diriger la lutte de tous les patriotes comme chef du front National pour, au  bout  du compte, convaincre  les  dirigeants de la France  à accorder à notre  pays l'indépendance pleine et entière dont il signa les accords de sa main le 20 Mars 1956. Cet homme que tant de grands hommes étrangers, de Mendès-France  à Guy Mollet en passant par Edgar Faure, De Gaulle, Nixon, Mohamed V, Fayçal roi d’Arabie Saoudite , Farhat Abbés, Krim Belkacem, ect … ont connu et apprécié est  pourtant quasiment méconnu des jeunes générations. Son action politique a été déloyalement dissimulée pour faire prévaloir le leadership d’Habib Bourguiba. Ce livre est un combat contre l'oubli. Pas une rue, pas une place ni un bâtiment ne porte aujourd'hui son nom : son étoile risquait de ternir celle du plus puissant des Tunisiens, lequel commandita un procès inique devant un tribunal d'exception sur une affaire montée de toutes pièces pour l’effacer de la mémoire collective. Il est temps aujourd'hui, 61 ans après le jour qui nous rendit à nous-mêmes, de restituer à Tahar Ben Ammar la place qui lui revient de droit dans l'histoire. C'est le long travail entrepris par le plus jeune de ses fils, Chedly, qui très tôt se montra attentif et curieux des réalisations de son père et qui, après un ouvrage biographique en arabe paru en Mars 2015, un véritable succès de librairie, fait aujourd'hui paraître une version enrichie et   augmentée en français, soucieuse avant tout de vérité historique. Il nous invite à la découvrir.

Lundi 19/6 /2017  Médiathèque de lAriana.

présentation de mon livre: Tahar Ben Ammar . Homme d'Etat. La force de la persévérance. De gauche à droite : Aissa Baccouche : modérateur et Chedly Ben Ammar , conférencier et auteur de l'ouvrage .

Vendredi soir 24 mars , à la salle Sophonisbe de Carthage, vous étiez fort nombreux à assister à la présentation de mon dernier ouvrage, « Tahar Ben Ammar, Homme d’Etat. La force de la persévérance ». Je vous en remercie de tout cœur. C’est avant tout à mon père que vous avez fait l’honneur de votre présence : vous avez joint vos efforts aux miens pour le sortir de l’oubli et, dans cette tâche, ardue et essentielle, chaque pas compte, qui vient nous rappeler à quel point notre pays a été grand dans le combat et l’adversité durant la lutte pour la libération nationale .


Ce livre mémoire paraît à un moment crucial de la vie de note pays qui croit bon de revoir quelques certitudes, dans un contexte " post- révolutionnaire " empreint de détresse, parfois de perdition, en interrogeant le sens même du politique. Il retrace la vie d'un homme, dont l'optimisme, légitimé par l'acharnement et l'abnégation, pourrait inspirer une génération en quête de référentiel.

Mon livre est désormais disponible à la Foire du Livre ( stand Culturel ) et également dans les grandes librairies de Tunis. Il ne tient qu’à vous de prendre connaissance d'une autre version de l’histoire du mouvement national et de faire en sorte de lui redonner le goût de la grandeur.

Tahar Ben Ammar, homme d’État », la biographie qui montre la face obscure de Bourguiba

Publié le 01 septembre 2017.Jeune Afrique

Chedly, le fils de Tahar Ben Ammar (1889-1985), éminent homme politique et premier chef du gouvernement de la Tunisie indépendante, poursuit son devoir de mémoire et de réhabilitation en publiant « Tahar Ben Ammar, homme d’État : la force de la persévérance ».

Un ouvrage dense et richement documenté qui complète l’édition en langue arabe parue en 2015 et qui fera l’objet d’une intervention à l’Institut du monde arabe (IMA), à Paris, cet automne. Chedly Ben Ammar revient sur le rôle primordial du signataire des accords d’autonomie interne (1955) et du protocole d’indépendance (1956) dans le mouvement national tunisien.

En rétablissant les faits historiques, étayés par des archives inédites, il met aussi en exergue la face obscure de Habib Bourguiba, qui, face au refus de Tahar Ben Ammar de témoigner contre le bey déchu, avait tenté de jeter l’opprobre sur l’un des fondateurs du Destour par un procès inique, en 1958.

Plusieurs figures politiques, dont Mohamed Masmoudi, Chedly Zouiten et Béchir Ben Yahmed, fondateur de Jeune Afrique, ainsi que Pierre Mendès France, Edgar Faure et Pierre July, s’étaient élevées contre l’infamie faite à cet homme qui, ébranlé par cette épreuve, se retirera de la vie publique.

Vendredi soir 24 mars , à la salle Sophonisbe de Carthage, vous étiez fort nombreux à assister à la présentation de mon dernier ouvrage, « Tahar Ben Ammar, Homme d’Etat. La force de la persévérance ». Je vous en remercie de tout cœur. C’est avant tout à mon père que vous avez fait l’honneur de votre présence : vous avez joint vos efforts aux miens pour le sortir de l’oubli et, dans cette tâche, ardue et essentielle, chaque pas compte, qui vient nous rappeler à quel point notre pays a été grand dans le combat et l’adversité durant la lutte pour la libération nationale .
Ce livre mémoire paraît à un moment crucial de la vie de note pays qui croit bon de revoir quelques certitudes, dans un contexte " post- révolutionnaire " empreint de détresse, parfois de perdition, en interrogeant le sens même du politique. Il retrace la vie d'un homme, dont l'optimisme, légitimé par l'acharnement et l'abnégation, pourrait inspirer une génération en quête de référentiel.
Mon livre est désormais disponible à la Foire du Livre ( stand Culturel ) et également dans les grandes librairies de Tunis. Il ne tient qu’à vous de prendre connaissance d'une autre version de l’histoire du mouvement national et de faire en sorte de lui redonner le goût de la grandeur.

Le livre Tahar Ben Ammar . Homme d'Etat est désormais disponible chez l'Harmatan., rue des Carmes . Paris 75005

Reception de mon ouvrage :Tahar Ben Ammar.Homme d'Etat , à la librairie de l'Institut du Monde Arabe.

Fête de l’indépendance : Double hommage à Tahar Ben Ammar

Par  - 17 mars 2017. webdo.tn

 

Depuis la parution en 2015 de l’ouvrage biographique retraçant ses combats et sa carrière, Tahar Ben Ammar est plus que jamais présent dans la mémoire nationale.

Artisan des accords qui ont mené à l’indépendance de la Tunisie, Tahar Ben Ammar est le signataire avec Christian Pineau pour la France, du protocole d’indépendance du 20 mars 1956.

Un double hommage sera rendu à cet ancien ministre tunisien. D’une part, un timbre à son effigie sera édité par la poste tunisienne en ce 17 mars. D’autre part, une rencontre autour de son oeuvre se tiendra le 24 mars à l’espace Sophonisbe de Carthage et sera animée par André Abitbol.

Par ailleurs, le livre qui lui a été consacré par son fils Chedly Ben Ammar, existe désormais en version française.











Mon nouvel article paru dans l'hebdomadaire "Ach-Charaa Al-Magharibi" n° 93 daté du 25 septembre 2017 porte le titre de "Tahar Ben Ammar...l'homme d'Etat et le Chef du gouvernement de l'Indépendance".